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JO 2024 : Marseille sur le podium de la data

Par Fabrice Coquio, président d’Interxion France

Par: Fabrice Coquio

La couverture médiatique et l’engouement populaire pour la Coupe du Monde de Football 2018 constituent une intéressante préfiguration de la manière dont seront suivis les Jeux Olympiques de 2024.

L’attribution à Marseille des épreuves de voile et de certains matchs de football renforceront le rôle de ville de contenu que joue déjà la cité phocéenne. Capitale méditerranéenne de l’échange de données, elle sera à la source même des flux d’informations qui partiront vers les télévisions, les tablettes et les smartphones du monde entier.

Les Jeux Olympiques organisés à Rio de Janeiro en 2016 ont marqué la fin du monopole absolu de la télévision comme canal de diffusion privilégié des Jeux. Aux États-Unis par exemple, le groupe NBC a constaté une baisse de 21 % des audiences TV par rapport aux JO de 2012, en même temps qu’une explosion des consultations de sa plate-forme de streaming : près de 50 millions d’utilisateurs, dont la moitié étaient des moins de 35 ans, s’y sont connectés, totalisant ainsi plus de 3,4 milliards de minutes de streaming.

Ces chiffres démontrent que la bascule, progressive mais certaine, vers une utilisation massive du streaming et des contenus over-the-top (OTT) est en train de gagner les contenus sportifs. C’est ce que nous avons observé à l’occasion de la Coupe du Monde tenue en Russie, regardée en streaming légal par notamment 35 % de téléspectateurs chinois et par 25 % des 11-20 ans. Ces chiffres laissent par ailleurs présager d’un volume réel tout autre, si l’on y ajoute le nombre de visionnages depuis les très nombreux miroirs illégaux.

Cette tendance va s’accentuer dans les années à venir, à l’échelle de continents entiers. En Afrique, par exemple, où le smartphone se généralise : le trafic WAP, consommé sur des téléphones mobiles classiques, y a été divisé de moitié au cours des deux dernières années, au profit des connexions 3G et 4G, qui seront multipliées par 155 % d’ici à 2022, passant de 419 millions à plus d’1,7 milliard. La consultation de vidéos sur mobile y a par ailleurs été multipliée par deux entre 2015 et 2016, et le déploiement progressif de la 5G, à partir de 2021, va encore amplifier ce phénomène.

Ce mouvement soulève la problématique de l’amélioration de l’expérience utilisateur. L’optimisation des temps de latence et la demande en bande passante sont au cœur des enjeux pour permettre l’amélioration de la qualité de son et d’image, et délivrer une expérience utilisateur optimale. La question de la qualité est en effet centrale : selon une étude d’Akamai, si une vidéo se bloque pendant 2 secondes, 25 % des utilisateurs risquent d’en abandonner le visionnage, 50 % si la vidéo se bloque pendant 5 secondes.

Il serait faux de croire que ces questions relèvent exclusivement des opérateurs télécoms et des fournisseurs d’accès Internet, car leurs réseaux reposent sur une infrastructure essentielle : les réseaux de données.

Marseille est de ce point de vue privilégiée. Deuxième hub numérique français, elle est le principal point d’interconnexion en Méditerranée vers lequel convergent les routes de l’échange de données, qu’il s’agisse des câbles sous-marins par lesquels transitent 90 % des flux télécoms et IP, des câbles terrestres ou des satellites.

Cette position stratégique et l’accès à plus de 4,5 milliards d’utilisateurs mobiles permettent aux opérateurs de diffuser leur contenu en délivrant une expérience utilisateur idoine à travers l’Europe, l’Afrique, le Moyen-Orient et Asie.

Depuis 20 ans, à l’époque où ont été posés les premiers câbles, Marseille a entrepris sa mue. Ville de transit à l’origine, lorsque quelques baies informatiques suffisaient à assurer la jonction entre câbles terrestres et sous-marins, elle est devenue ville de contenu et concentre des plates-formes beaucoup plus vastes. À Marseille, les enjeux de déploiement concernent directement les géants du numérique et autres acteurs clefs de l’économie mondiale.

Ce changement de paradigme est une excellente nouvelle pour la ville, car il implique que les besoins des entreprises en matière d’hébergement, d’échange et de distribution de données vont très nettement augmenter dans les années à venir. C’est précisément pour répondre à ces nouveaux besoins que des acteurs comme Interxion interviennent pour fournir et décupler les capacités en data centers. L’objectif : délivrer à la ville la couche d’infrastructure nécessaire pour permettre la multiplication des échanges de données au niveau mondial, et plus spécifiquement vers l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie.

Lors des épreuves des Jeux Olympiques de 2024 organisées à Marseille, si les yeux du monde seront tournés vers la cité phocéenne, ce sont surtout des centaines de millions de smartphones qui permettront à leurs propriétaires de suivre les performances sportives de leur équipe favorite. Pendant quelques semaines, il faut nous en réjouir, Marseille sera alors, à double titre, une ville de contenu au rayonnement mondial.